03 juillet 2009
musique
A l'heure où le jour s'allonge vers le soir, démesurément, oiseaux, martinets encore, chant du merle, fenêtres ouvertes j'écoute un bel étrange concert mêlé à l'autre, je ne sais les distinguer oiseaux paroles, cigales encore, clarinette, clarines piano chuintements sifflements, souffles, grattements, poème, syllabes voix, sons dessus dessous une série de cinq pièces de musique contemporaine atelier de création radiophonique, l'une des pièces s'appelle "concert chez l'habitant".
25 juin 2009
à moi, l'une de mes folies
La chance qui m'est redonnée d'être fenêtre ouverte sur les toits baignés d'été limpide
Des bancs d'hirondelles joyeuses, criardes ou silencieuses soudain, comme des nageurs dans les fonds bleus
Danseurs véloces, martinets charbonneux ou argent, vos brassées de bonjours, vos gerbes d'ailes, vos courses folles
Non moins fou j'accueille dans la même encre que vos ailes mots dessinés en creux de tuiles, ombres ruisseaux des toits
Donné comme la respiration, donné comme le jour avalé par des dizaines de bouches en un instant dans la paume de ma fenêtre
Donné, ce jour donné tout entier
Mille folies diverses et semblables
Tout nous dit pourtant le vrai monde. Aucun de nous n'a de raison.
18 juin 2009
ailleurs
Que laissons-nous en héritage ?
Qu'abandonnons-nous chaque jour de nos vies à d'éventuels lecteurs qui viendront se nourrir, après nous, de nos restes – car la vie, nous l'avons transmise, physiquement, matériellement, intellectuellement, spirituellement, comme elle nous a été transmise.
Que faisons-nous des restes que nous ramassons ou laissons derrière nos pas, nos regards, chaque jour ?
Comment se fait-il que les hommes parviennent si difficilement à croire en leur mort individuelle ?
Nous tenons à ceux que nous aimons comme nous tenons à nous-mêmes.
La poésie est quelquefois dans un poème et d'autres fois dans une rivière. A toutes les questions qui ne se posent ni ne se reposent, elle répond, à côté, déplace le monde vers l'ailleurs.
15 juin 2009
Quelque chose m'empêche d'écrire. Est-ce le chant des merles, que j'écoute à satiété cette saison, ou les cerises qui ont été si bonnes, est-ce la rivière dont j'ai éprouvé l'eau sauvage, par bonheur encore abondante malgré l'été qui s'installe ? Est-ce parce que l'écoute et le dialogue poussent et tirent et que je pagaye sur les rapides, et paresse en eau calme dans les méandres ensoleillés ? Est-ce parce que les fleurs sont plus belles que jamais, les enfants à nouveau étonnants comme lorsque je veillais sur eux, est-ce parce que la mort est en eau profonde, colore le fleuve et la mer comme une basse continue à la voix pleine sur laquelle jaillissent les formes du présent ?
Est-ce parce que je suis au monde et lui appartiens pleinement ?
Est-ce pour ne pas écrire qu'aujourd'hui je peins ?
Olivier DEBRE - Longue traversée gris bleu de Loire à la tache verte
Huile sur toile, 180x250, 1976, musée des Beaux-Arts, Tours
03 juin 2009
couleurs
30 mai tgv :
La campagne est "riante", gonflée de cultures.
Serions-nous "gonflés de culture" aussi ? Serions-nous riants : pleins des savoirs, des interrogations, des expériences portées comme des graines écloses en autant de couleurs et de nuances que les verts de ces champs, lorsque nous sommes l'un face à l'autre ?
Ce soir les toits de tuiles de la ville, chauds du soleil de la journée, qu'ils ont gardé dans leur amas désordonné de pentes, que j'aime tant car mille histoires de cuissons les font rougeoyer, mille histoires de saveurs, d'odeurs, de rigueurs, de douceurs, de labeur qui me sautent aux joues, aux lèvres, à la pensée.
Les jours défilent, pleins comme des fruits et continuent à nous emplir du monde.
20 mai 2009
Célébration
O le vent léger dans les arbres au mois de mai fenêtre ouverte
Lorsque le rouge de la fleur est si beau intense varié mouvant et velouté soyeux, le vert tendre nuancé brun et jaune transparent imprégné de lumière comme un tissu mouillé
Que c'est en mon regard comme c'est en l'air sous le sifflet de l'hirondelle
Que je le porte en moi comme le porte l'instant, énergie non stockée,
Rien ne sépare mon regard de l'instant, mon regard du temps ni du ciel
Alors que la fleur prenne ma main, l'hirondelle ma pensée, le vent doux ma peau et qu'ils soient avec moi l'artiste qui dessine ou qui chante,
qu'ils partagent avec moi les droits d'auteur de ce poème.
13 mai 2009
pensées bleues
On recherche la nudité mais c'est pour l'habiller de nos pensées – pensées désirantes – pensées bleues, pensées grandes ouvertes d'une enfance recréée.
On avait tout, pensons-nous, la femme, la mère, l'oiseau blanc qui vole, la source de lumière et les nuits d'étoiles, alors que nous n'avions rien.
C'est maintenant que nous avons tout, sur votre corps que vous nous cachez et nous donnez quand la saison en est venue pour vous. Vous et vos saisons !
En dehors de votre temps nous recherchons la nudité pour la déshabiller de vos pensées qui la tiennent fermée et protégée, sur votre enfance. Nous n'avons pas la même enfance. Et nous irons fouiller dans votre nuit pour la toucher, pour y jouer, enfants, comme nous n'avions pas fait au temps où tout était encore en germe de réel.
08 mai 2009
Gaya la ronde
Au pied de la tour de babel...
Je veux juste que mes mots chantent et s'éparpillent, quand ce soir les martinets véloces infatigables voyageurs strient le ciel de leurs cris. Le ventre rond de la corbeille en osier sait attendre, ce n'est pas pour lui que j'écris et pourtant c'est à lui que revient le gros des comptines de cour de récréation que sont mes pensées d'apprentissage.
Comme l'oiseau a fait le nid, une grand-mère le tricot et d'autres ce panier, une fourmi a fait ce monde dont nous sommes les instants éparpillés, petits morceaux de conscience s'éclairant comme des lucioles, oublieux du temps des farandoles d'enfants où nous prenions à grands pas possession du monde tout rond.
29 avril 2009
soleil de nuit
J'ai tellement écrit ce soir et les autres soirs que ma main court toute seule maintenant. C'est le dessin tracé qui est important. Elle court pour le plaisir, elle fait tout le travail à la fois, remonter les seaux d'eau, arroser, planter, cueillir, en même temps elle se glisse dans la rivière pour sentir la fraîcheur de l'eau, essayer d'attraper des poissons. L'encre dans le stylo s'alimente comme les canaux du jardin et c'est moi qui cours sur mes sentiers comme les fleuves à la mer. Ce que j'écris pousse sur le sol meuble où le papier repose, perméable à l'air, docile aux paroles qui s'engouffrent dans le cours de l'instant et je me prête à ce bonheur musical d'écrire sans trop savoir ce qui est en train de pousser comme lorsqu'on abandonne un champ à la nature des fleurs se mettent à éclore et des insectes à butiner, des racines plongent dans l'humus, tout ce qui vit en vous s'anime, se réchauffe, rejoint le soleil de la page.
Je croyais être très fatigué, faire juste un petit signe amical à quelques lecteurs, mais une énergie nouvelle est remontée de ce substrat qui m'habite lorsque je me mets à écrire comme si j'étais un jardinier sur la terre ou un marin sur la mer, un musicien dans l'immensité des sons, un oiseau dans l'immensité du ciel.
Le titre m'a été inspiré par Maya. Je lui dédie cette page.
22 avril 2009
entre-temps
J'ai marché. J'ai avancé et je me suis assis sur le bord de la route, il fallait que je pose mes bagages et que j'ouvre toutes ces boîtes dans lesquelles je garde mes objets de fortune. Je dois les aérer, les recompter ou plutôt les conter comme faisait Perrette et le pot au lait. Ce n'est qu'après que je peux me remettre en chemin. Après qu'ils sont redevenus comme des cailloux et m'ont redonné le sol sur lequel je marche. Alors je suis plus léger mais j'ai encore très très long à parcourir.
Vous m'avez peut-être vu et entendu. Vous vous êtes arrêtés un peu plus loin. Ou vous n'êtes pas passé par là.