sentiers en cours

24 novembre 2011

laisser la place

P1150373La chatte s'est mise sur mon papier — comment faire — est-ce bien important d'écrire, elle occupe absolument toute la place, comment fait-elle ? C'est sûr, elle dialogue avec moi. Sa manière est forte, efficace. Elle y est de tout son corps. Elle s'impatiente un peu, elle bouge, respire les fleurs du vase, se déporte de ce côté, puis finalement s'installe à côté de la feuille, tout à côté un moment, puis enfin va sur le fauteuil en face, montrant son indépendance. Elle me laisse la place. Elle prend la sienne. Elle se tourne, elle se retourne, elle semble souffrir, elle est vieille, le coussin est mou. Puis elle se ferme dans un sommeil apparent.
Je sais ce qu'elle est venue dire.
Que la femme qui a mis tout son cops, toute son âme devant moi sur le papier, est partie.

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24 octobre 2011

le chemin

le cheminSte Eulalie en Royans, 23 octobre, vers midi.
Une petite sauterelle sur une feuille morte, qui me parle avec sa jambe, et puis soudain qui a sauté, qui n'est plus là, qui parle plus loin, mais où ? Je ne peux la trouver, plusieurs parlent maintenant dans tous les coins. Mais si ! la voilà tout près, sur une brindille à cheval, elle fait des mouvements de bras et de jambes, elle se retourne pour que je la voie d'avant et d'arrière, ventre rouge sous le corset noir rayé de blanc. Elle mâchonne un brin d'herbe, avec sa tête allongée, ses gros yeux noirs, ses hautes antennes aux sourcils. Elle tient l'herbe avec ses petites pattes de devant, l'herbe est agitée, de haut, de bas, de côté, languette verte petit à petit avalée, étonnamment vite avalée par cette petite tête, qui n'en laisse que la pointe. Parce que j'ai bougé ? l'ai dérangée ? parce qu'elle est rassasiée ? Elle ressaute sur la feuille morte devant moi, elle vient s'y chauffer au soleil ? immobile, son dos gris au soleil. Puis elle frétille des deux pattes, jolie musique sèche, discrète. Un coup bref, plus lourd, elle n'est plus là. Elle a dû atterrir ailleurs. Je la vois, elle me parle de plus loin, d'une feuille verte, toujours en plein soleil. Elle chauffe maintenant son abdomen orange. Je l'aime. Oui, je l'aime déjà. 

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07 août 2011

feuille d'été

P1140998a

Nous sommes nés de toute cette évolution et maintenant nous avons ce corps bizarre avec ces deux bras, ces deux jambes et qui tient debout sur deux pieds et très souvent assis en appui sur ces fesses dans le milieu de la hauteur. Et ce qui est caractéristique et étonnant aussi c'est cette musique incessante de cette pensée qui joue sans presque discontinuer sur tous les registres du discours, du murmure, de la percussion, du lancinement, ce très étrange concert qui s'empare on ne sait pourquoi de tout ce qui peut bouger, vibrer, résonner à l'intérieur de ce corps bourré d'ingrédients des plus insolites qui rappellent parfois et même souvent tout ce qu'on peut trouver sur son chemin dans les forêts, les mers, les terres et qui fait d'autres sortes de musiques, non moins étranges et auxquelles on s'est habitué aussi.
Cette si facile adaptation fait que le monde va comme il va et pourtant, à tout moment, il ne va plus. Mais heureusement, ça ne me concerne pas, en ce moment, le soleil brille et c'est bon, tout est agréable. 

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18 juin 2011

c'est peu

P1140814Un petit bouquet de fleurs de montagne
offrant leurs jaunes saturés de safran et d'or au soleil

leurs fines feuilles vertes translucides
de couleur et d'ombre

L'heure est une merveille absolue, près de moi,

fenêtre ouverte à l'ouest, les merles chantent encore

Seul mon crayon sur le papier
peut témoigner d'un univers de peine et de bonheur
enclos en moi 

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21 mai 2011

arrivée

P1140744Les boursouflements blancs des nuages surgissent à mon regard dans l'azur clair
des martinets transpercent le ciel de leurs cris en me frôlant de peu
l'air à mon front, dans mes poumons, douceur parfumée
le bonheur me tient dans ses bras
je suis au bout de la route
je suis né
La danse aux grandes ailes noires d'un merle s'abat presque à mes pieds virevoltante, il court aussitôt tout droit vers ses abris d'ombre sous les lauriers,
flexible dans l'air il rebondit et vient, lui ou un autre, d'une bascule silencieuse offrir son noir lustré un temps d'appui au bord d'un toit
Le paradis ne fait que commencer 

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29 mars 2011

blancheur papier

Je n'écris pas encore mais je prends les feuilles de papier blanc et les pose toutes ensemble, les unes sur les autres, chacune se laissant voir sur le bord de l'autre de sorte qu'un filet d'ombre repose sous chacune d'elles.
Mes doigts dans cet instant de tendresse pour le papier ont laissé naître ces lignes fines parallèles contre le bord gauche de ma feuille et c'est comme si j'écrivais surune aile d'oiseau dépliée pour s'offrir à ma trace. Une aile ouverte qui s'articule à ces longues stries orthogonales alignées aussi parfaitement que dépourvues d'uniformité, leur gris s'étirant en pâleur extrême ou s'épaississant, confinant au violine, au rosé translucide. Elles glissent, en presque courbe, se longent, en presque vagues, étagent blanc sur blanc le rai de lumière et le trait d'ombre, dessinent un escalier où s'infléchit le soleil, une neige, un fil.
Il a suffi d'un geste de douceur de la main pour que l'éventail souple des feuilles donne corps à cet oiseau géomètre au fuselage si pur,dont le bec très légèrement relevé se glisse dans l'air, se soulève entre deux lames d'ombre comme des anches de roseau. 
Tandis que la main inscrit l'échappée des pensées sur la feuille qui va se détacher, et que l'œil chante dans les cordes de l'instrument.

Alexandre Rodtchenko, L'Escalier, 1930 centre pompidou expo Chagall musée de grenoble 2011 

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17 mars 2011

la danse et la photo donnée

IMGP0485Depuis quelque temps je ne faisais plus de belles photos. Sinon celle des murs et des écorces. Je ne pouvais plus fixer mes amis, mes rencontres, ils s'échappaient, glissaient, se déformaient. Je les voulais, je crois, dansant. Je les voulais danse. Ce sont nos gestes, nos actes, qui savent avant nous ce que nous voulons. Je m'étais acheté une petite caméra, mais dès que je l'ai eu déballée et quelque peu étudiée dans son mode d'emploi, je me suis rendu compte que j'avais perdu les anciennes raisons de l'utiliser. Sans doute devrait-elle me servir à autre chose, qui était encore loin de moi. La danse, elle me vient toujours de loin, comme des révélations : éblouissement d'adolescent, geste d'initiation des femmes, improvistions heureuses, accords presque miraculeux. Mais elle se cache et disparaît le plus souvent, faute de travail.
Et voici de nouveau le désir de danse qui me rencontre.
Une femme habitée par la danse. Une femme danse, et en même temps forêt, dans son parfum, dans ses cheveux, et eau et brume, le long de son corps, et tendresse plus que pétales, près des lancées de rire.
Et j'ai pris des photos qui l'ont saisie et arrêtée. Ces photos bien cadrées que j'ai effacées et qui n'étaient pas elle.
Mais celle que j'ai gardée, elle me regarde à chaque fois que s'ouvre la petite fenêtre du travail d'écriture – mot de passe ? dit la serrure – c'est elle, toute entière présente telle qu'en cet instant elle m'a donné, non pas son image, mais le visage de sa danse.

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15 mars 2011

l'image des choses

chercher_le_r_ve

Car Wang-Fô aimait l'image des choses, et non les choses elles-mêmes (M. Yourcenar)

J'ai effacé tes photos. Je ne t'y retrouvais pas. Elles étaient plutôt belles mais, comme l'un de tes personnages de roman, j'aurais pu leur dire en face :
– Tu n'es pas Lydia. Tu n'es pas elle.
Ce soir je lis quelques passages de L'Éloge de la plante – c'est temps de gigantesque destruction, mort, malheur qui s'abat au Japon sur l'humanité – ce soir paisible.
Ce qui s'envole de ma salive, ce qui s'échappe, flotte au sortir de ma bouche, cette tiède brume boisée, résonnante, qui respire des sons, les module, ce lit d'ouate suspendue, ce fleurissement, cette croissance, cette reptation de sève relâchée dans l'atmosphère, c'est ma voix.
Ce qui mobilise vos regards traversiers, anime leurs canaux, leurs barques, leurs voiles, dilate vos pupilles et ouvre les vannes de nuit et les élans de jour – je ne sais pas plus dire de la voix que de cette écoute en cours, je ne sais que la voir, comme entendre le chant de couleurs des natures mortes. Les yeux fermés, les mains atteignent les mousses douces qui se caressent à elles. Les lèvres véloces dessinent la liane et la feuille. Les oiseaux boivent, la forêt s'ouvre, habitée d'ombres et de vies.
Je n'ai fait que parler. Je n'ai été qu'oiseau, poisson, eau et tige caressée de vent, pulpe de fruit.

L'Éloge de la plante. Francis Hallé. Seuil, 2004
Chercher le rêve, peinture de Nicole Chaabi

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17 juillet 2010

l'interprétation des rêves

oies

L'être humain emporte avec lui son ombre.
Son ombre qui la nuit fait du bruit, et du cinéma dans ses rêves, qui le secoue, qui le tente ou le harcèle, qui l'intrigue ou le cajole.
Elle forme avec lui un mélange savant, mystérieux, propre à lui-même, et le jour elle lui donne ce relief, cette grâce, ce charme, ce pittoresque inénarrable de tout être humain.

dessin : L'Ours - Life in a panel

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11 juillet 2010

ambivalence de la liberté

mima_libert_Sortir de sa nuit
pour affronter l'extérieur
ne plus revenir au nid ?

Il y avait cette belle expression dans une chanson de Julien Clerc que j'ai toujours entendue ainsi : en emportant le duvet qu'était son nid un beau matin...

Liberté d'être soi
instant de désappartenance – instant d'appartenance
Quitter un espace pour un autre
comme ces oiseaux de Jacques Prévert "quittant un arbre pour un autre"
et demeurer

C'est à dire être quelque part chez soi

échos : Jacques Prévert, Etienne Roda-Gil                                photographie de mima

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