09 mars 2012

double page pour le passé (2)

jean-jacques lévêque httpsoleildanslateteEntre la fin d'une sculpture et son élaboration il y a sa présence effective dans son aboutissement et dotée de tout ce que son concepteur avait prévu pour elle.
A terme, brisée, elle est comme ces ruines où l'on perçoit toute la beauté originelle dans ce qu'il en reste. C'est (ce devait être) le souci de tout sculpteur, d'imaginer ce que serait son oeuvre privée de certains de ses éléments ou amputée ; ce sont souvent les membres qui disparaissent, on dira que c'est le complexe de la Vénus de Milo mais qu'elle est belle ainsi, et le serait-elle tout autant si elle avait ses bras ?
Nos musées sont plein de ces lambeaux, ces torses, ces anatomies fragmentées et qu'ils prennent un sens autre, et parfois plus poignant que dans l'intégrité anatomique qui peut être anecdotique quand, en ses fragments, une sculpture parle un autre langage et laisse à notre imagination le soin de lui construire une histoire.
Michel Ange avait beaucoup réfléchi au problème et nous a laissé des oeuvres qui, parce qu'elles sont inachevées, retrouvent cette même dimension émouvante et qui donne au corps un caractère sublime, tant on associe à ces fragmentations le destin des dieux rêvés par les sculptures sublimes de l'antiquité qui en exaltaient la beauté rayonnante.
La beauté blessée devient humaine, elle rend les dieux aux hommes et parmi eux ils deviennent des présences souffrantes, faisant dévier l'idée de beauté triomphante vers celle d'une beauté menacée et à ce titre émouvante.

Jean-Jacques Lévêque > +

Posté par kelcun à 14:13 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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