10 février 2012

vendanges tardives

En regardant ces formes pulpeuses au goût frais et charpenté, ces énormes sacs violacés gonflés de chair se chevauchant, s'appuyant les uns sur les autres, comme des corps amoureux et lascifs, leur peau grisée par endroits d'une pellicule plus terne, un peu veloutée, une buée, une poussière, un dépôt de sel ou de cendre aux nuances plus ou moins lumineuses, légèrement colorée d'orange, de rose ou de bleu... En regardant ce petit amas de pattes ou cuisses rebondies, accrochées chacune à un des petits tétons verts ou brun verdâtre disposés le long du corps élancé de la rafle – on appelle rafle, je crois, cette partie de la grappe de raisin lorsque les grains en ont été extraits OcreVioletLoire-192x194-1971ou broyés – je voyais se reformer un nouveau désir, un bonheur, une gourmandise, se gonfler un avenir immédiat, une promesse donnée. Ce bout de grappe de raisin du Pérou posé là par la grâce du hasard et l'attention de l'amie venue partager ce moment autour de la table, posé avec l'ineffable beauté d'une nature morte sur son ombre aux volutes, aux transparences, aux nuances de camaïeu gris rose, ce petit paquet de vivants fruits parlait maintenant au plus intime de mon corps comme celle – la femme – qui le moment d'avant avait tenté de le faire, l'avait fait, mais s'en était allée retrouver ses tourments. Je tirai sur l'un des grains qui s'arracha avec ce bruit de ventouse et de succion interrompue que peuvent avoir les nouveaux-nés qu'on a retirés brusquement du sein.

Olivier Debré Ocre Violet Loire 1971

Posté par kelcun à 09:37 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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