10 décembre 2008

le temps habité

C'est comme une douce effraction, que propose l'art. Douce, parce qu'à l'intérieur nous y sommes déjà. Mais nous ne l'habitons pas. Parfois nous en prenons violemment conscience. Je pense à César Vallejo. Brusquement, il découvre la vie. Il est à Paris, ce doit être dans les années trente, il fit un poème en forme de discours : "Messieurs ! Aujourd'hui, pour la première fois, je me rends compte de la présence de la vie. Messieurs ! je vous prie tous de me laisser seul un moment pour savourer cette émotion formidable, spontanée et... [Lire la suite]
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05 décembre 2008

mais t'es oh

L'homme qui pense qu'il faut surveiller et punir son propre enfant – et son propre frère – pour se protéger est bien sûr un fou dangereux. Pascal croyait qu'il suffisait de rester seul dans une chambre pour comprendre l'univers.Il est vrai, l'homme, la société, l'univers, sommes autant de miroirs. Si l'on jette un projectile au-dedans il atteint au hasard et indéfiniment des cibles.La lumière, elle, laisse épanouir le hasard. Le regard aussi. Mais comme elle, il peut se transformer en projectile. Le projectile c'est la certitude.
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27 novembre 2008

l'amour au creux de mon ventre

Un jour je dis que nous vivons nos rêvesun jour que nous rêvons nos viesce qui est sûr, c'est que nous avons vie et rêve.Ce matin la dernière image, au moment de me réveiller, c'est qu'il y avait des graines par terre, je les ai laissées.Ah ! ce fut une sacré nuit ! j'ai mal dormi. Et pourtant j'ai bien dormi. J'ai trouvé l'amour au creux de mon ventre. J'ai trouvé aussi le désordre des rêves, le désordre de la vie.Et je suis bien comme jamais.
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22 novembre 2008

c'est la vie qui pousse

En moi comme dans cet arbre. Comme dans l'enfant emmaillotté qui venait de surmonter la dépression de sa naissance et se réchauffait. Ça poussait du dedans comme dans cet arbre, comme en moi quand le corps parle et va à la rencontre d'un autre corps et qu'ils s'aiment. Nous faisons alors éclater les bourgeons et les feuilles se déploient et prennent le soleil.Si l'arbre n'a qu'un seul hiver par année, nous pouvons en avoir beaucoup plus – ou peut-être beaucoup moins. Il nous est nécessaire de vivre ces moments de retrait d'une énergie... [Lire la suite]
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20 novembre 2008

platane

Aujourd'hui lorsque je passe près d'un platane je ne l'étreins plus de mes bras, de ma poitrine, de ma joue. Je passe, je le regarde, je le photographie comme une bête curieuse – je sais bien qu'il ne l'est pas, qu'il est plus proche d'un frère – pourtant je fais comme si une distance de sécurité, de discrétion, de savoir-vivre s'était installée entre nous. Je le caresse doucement et je reste près de lui, à ressentir sa force et sa beauté. Je pourrais encore me donner de tout mon corps à lui, j'éprouverais sa même matérialité étrange... [Lire la suite]
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14 novembre 2008

dedans - dehors

Nous sommes tous dans des représentations. Tous trimballant nos fenêtres sur le monde. Difficile de se lever le matin. Nous étions à l'intérieur, il faut sortir. Intérieur du lit, intérieur du temps, intérieur du corps. Sortir à présent, abandonner la maison, la cabane, le creux du rêve où l'on est logé. Quelque chose nous dit – et c'est cela qui a donné à l'humanité sa force, son élan – qu'il faut sortir de soi, malgré le lieu douillet – le bonheur enfin trouvé –, qu'il faut opter pour moins bien, les autres nous y appellent, comme... [Lire la suite]
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12 novembre 2008

le bruit de la pluie

L'indicible musique de la pluie qui nous entoure, comme une maison. Les mots en suspens. La suspension pendue au plafond de la cuisine, au-dessus de la table. La lumière tamisée, obscurcie des soirs d'hiver. Les petits soirs de la petite famille dans sa petite maison. C'est quand on est petit, calé dans son coin d'enfance. Il reste une photo, il ne reste plus qu'une image, plus qu'un souvenir, plus qu'une lueur de lampe suspendue au plafond, avec le papier tue-mouches l'été, et les têtes d'ail à l'automne. Que faire avec l'enfance ?... [Lire la suite]
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11 novembre 2008

reflets dans la nuit

Rester à l'intérieur d'une question insoluble en se donnant l'impression d'en sortir, n'est-ce pas le rôle principal de toute philosophie ? Elle a, bien sûr, des rôles annexes qui ne sont pas négligeables, comme de développer le talent de conceptualiser, d'écrire, de communiquer, d'écouter et de se nourrir de la pensée des autres, d'enrichir la culture qui est notre humus vital, de faire passer le temps – qui ne passe pas sans notre intervention, qui ne serait pas sans notre entremise. Mais en aucun cas la philosophie ne saurait... [Lire la suite]
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10 novembre 2008

merveilles que tout cela !

J'emprunte le titre, il me semble, au fabliau du vilain mire, ou au souvenir que j'en ai, j'aime ce sens ancien de merveilles ! placé dans la bouche du roi qui se refuse à croire le vilain, il aurait pu dire sornettes aussi bien que fabulation ou fantaisies !Alors que le train file, dans sa monotone rumeur nocturne, et que les multitudes de points lumineux défilent à travers le miroir obscur des fenêtres, j'ouvre un nouveau livre de Jacques Brosse*. Le titre m'a plu : Pourquoi naissons-nous ? mais dès les première lignes, je crains de... [Lire la suite]
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09 novembre 2008

les dernières feuilles du figuier

Les couleurs sont extrêmement denses. Aussi bien les verts, les roux, les ocres. L'eau de l'Isère est un concentré de lumière d'une rare brillance. Les restes des vignes glissent vers le noir, comme les pieds des haies. C'est cette formidable descente du végétal dans la terre, dans ses cachettes d'hiver. On dirait que les arbres, jadis hauts, s'écrasent, s'enfoncent dans le sol comme des bourrelets, des boules, des petits amas retournant en arrière, à leur origine en se vidant de leurs dernières couleurs, expulsant leur lumière pour... [Lire la suite]
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