09 août 2009
construire
Un jeu qui ne saurait nous lasser.
Construire qui devient reconstruire avec le temps.
Construire c'est aussi masquer l'ancien horizon, remplacer, oublier, renouveler.
Construire c'est aller au-devant du ciel, là où sont les espoirs, les utopies. C'est leur donner de nouveaux visages, de nouvelles images.
Toujours plus haut. Toujours plus avant.
Ainsi, à mesure, abandonner derrière soi.
Homme toujours nomade.
25 juillet 2009
immergence
Je viens de si loin
c'est presque une métamorphose
il faut du temps à mon cerveau pour reconfigurer tous ses outils de perception. Il me reste des souvenirs – certains assez précis – du lieu où je me trouvais et de ce que je ressentais, mais cela va en disparaissant.
Ce que je perçois du monde matériel qui me fait face maintenant – la tôle dure et galbée d'une voiture, sa peinture métallisée – s'impose avec un plus juste mystère, dans la proximité du souvenir rêvé, comme bénéficiaire d'un peu de la couleur complémentaire du rêve.
Par mes fenêtres, je suis face à un couloir aérien de nuages – admirables – je les photographie parfois.
Dans le rêve également, j'avais des nuages extraordinaires, je les avais photographiés et la photo était réussie au-delà de toute attente puisqu'elle se déroulait comme un film, d'abord, où l'astre solaire à l'horizon distribuait ses couleurs dans les nuages, le littoral, la mer, les ports
lointains, puis pénétrait le monde comme un souk où s'étaient rassemblés mes amis, foules d'enfants, défilés d'un carnaval de la vie dont j'étais, devisant et agissant, tel qu'en moi-même père, ami, homme, curieux immerveillé,
lorsqu'on sonna à ma porte, ce devait être le facteur m'apportant le manuscrit volumineux de Neela.
16 juillet 2009
instant de vie
Ça gazouille, ça piaille, ça pépie, ce sont des cisaillements de cris continus et rythmés dans lesquels vient s'interposer un sifflement rond et mélodieux ou un appel plus grave ou un petit gloussement. Mais les piaillements de gorge incessants occupent le ciel, grouillants parfois, tournoyants, giclant, ce sont des petits moulins, insistants, cette musique comble le jardin.
Les petits oiseaux noirs et blancs s'éparpillent et se rassemblent, semblables dissemblables comme leurs cris, virevoltent sillonnent l'espace. Un bruit de couture, de machine à coudre tout comme un affairement au travail emplit un coin de la maison ouverte, ancienne maison aujourd'hui disparue, femmes désormais absentes. Les êtres partent avant qu'on n'ait pu entendre tout le bruit de leur vie, comme la riche musique aviaire explosant dans la partition de ce concert d'une fin d'après-midi de juillet. Tout le monde est entendu, la tourterelle intervient, le vent roulant dans les grosses toiles du palmier, et la lumière légèrement rosissante sur laquelle le vol des hirondelles s'étale plus largement, un peu plus calme. Gloussements, sifflements, piaillements, froussements, froncement rapide du tissu des couturières. Sur leurs ouvrages s'inscrivent la fantaisie ailée, les ramages, les suites ondulées, les sautillés comme sur les toits les pattes des oiseaux. Leurs mouchoirs sentaient bon le lin, le coton, comme dans le jardin les figues. Le linge plié, les draps tendus, les grandes fleurs roses épanouies sur des hautes tiges reposées, parfumant le calme fraîchissant du soir.
Le long apaisement des oiseaux, le chat qui déambule lentement dans l'herbe, en silence, un discret bourdonnement d'insectes, le vol plané des hirondelles laissant voir leur élégante queue, leur ventre tendre, puis des jetées encore, acrobatiques sous le bord d'un toit. Les jetés de tissus, les crevés où se laisse deviner le volume, pour l'émerveillement, pour l'ivresse des moments où la vie jaillit par ses innombrables, innommables et incontrôlables ajours, par toutes ces bouches généreuses et avides, tous ces tuyaux d'orgue respirant la douceur, la musique et les parfums. Les ailes noires d'une hirondelle faufilent le tissu insaisissable d'un ciel bleu clair, piqueté de notes agiles. Deux moineaux placides s'assoient dans le coin du napperon. Deux vols tracent deux parallèles rapides au-dessus du jardin. Un petit cyprès tord son corps serré immobile au cœur de sa verdure. Les femmes revenant de la rivière ont mis le linge vigoureusement tordu dans le grand baquet de bois qu'elles rentrent à la maison, fidèlement éprises de la vie.
06 juillet 2009
le mot-clé
Je n'arrivais pas tout à fait à expliciter ce que je ressentais lorsque j'étais au concert des oiseaux l'autre soir. J'avais l'impression d'être dans leur espace, d'être à leur niveau, de comprendre leur langage – non, pas exactement, mais comment le dire ? – et soudainement aujourd'hui je m'entendis le dire, non pas "je comprenais leur langage" mais : je comprenais leur musique.
Ainsi cette nouvelle porte d'entrée dans la musique me dispensait de tout mon outillage habituel de pensée. Il n'y avait plus à comprendre, mais à entendre.
Retour à l'évidence.
Accès à l'évidence.
03 juillet 2009
musique
A l'heure où le jour s'allonge vers le soir, démesurément, oiseaux, martinets encore, chant du merle, fenêtres ouvertes j'écoute un bel étrange concert mêlé à l'autre, je ne sais les distinguer oiseaux paroles, cigales encore, clarinette, clarines piano chuintements sifflements, souffles, grattements, poème, syllabes voix, sons dessus dessous une série de cinq pièces de musique contemporaine atelier de création radiophonique, l'une des pièces s'appelle "concert chez l'habitant".
25 juin 2009
à moi, l'une de mes folies
La chance qui m'est redonnée d'être fenêtre ouverte sur les toits baignés d'été limpide
Des bancs d'hirondelles joyeuses, criardes ou silencieuses soudain, comme des nageurs dans les fonds bleus
Danseurs véloces, martinets charbonneux ou argent, vos brassées de bonjours, vos gerbes d'ailes, vos courses folles
Non moins fou j'accueille dans la même encre que vos ailes mots dessinés en creux de tuiles, ombres ruisseaux des toits
Donné comme la respiration, donné comme le jour avalé par des dizaines de bouches en un instant dans la paume de ma fenêtre
Donné, ce jour donné tout entier
Mille folies diverses et semblables
Tout nous dit pourtant le vrai monde. Aucun de nous n'a de raison.
18 juin 2009
ailleurs
Que laissons-nous en héritage ?
Qu'abandonnons-nous chaque jour de nos vies à d'éventuels lecteurs qui viendront se nourrir, après nous, de nos restes – car la vie, nous l'avons transmise, physiquement, matériellement, intellectuellement, spirituellement, comme elle nous a été transmise.
Que faisons-nous des restes que nous ramassons ou laissons derrière nos pas, nos regards, chaque jour ?
Comment se fait-il que les hommes parviennent si difficilement à croire en leur mort individuelle ?
Nous tenons à ceux que nous aimons comme nous tenons à nous-mêmes.
La poésie est quelquefois dans un poème et d'autres fois dans une rivière. A toutes les questions qui ne se posent ni ne se reposent, elle répond, à côté, déplace le monde vers l'ailleurs.
15 juin 2009
Quelque chose m'empêche d'écrire. Est-ce le chant des merles, que j'écoute à satiété cette saison, ou les cerises qui ont été si bonnes, est-ce la rivière dont j'ai éprouvé l'eau sauvage, par bonheur encore abondante malgré l'été qui s'installe ? Est-ce parce que l'écoute et le dialogue poussent et tirent et que je pagaye sur les rapides, et paresse en eau calme dans les méandres ensoleillés ? Est-ce parce que les fleurs sont plus belles que jamais, les enfants à nouveau étonnants comme lorsque je veillais sur eux, est-ce parce que la mort est en eau profonde, colore le fleuve et la mer comme une basse continue à la voix pleine sur laquelle jaillissent les formes du présent ?
Est-ce parce que je suis au monde et lui appartiens pleinement ?
Est-ce pour ne pas écrire qu'aujourd'hui je peins ?
Olivier DEBRE - Longue traversée gris bleu de Loire à la tache verte
Huile sur toile, 180x250, 1976, musée des Beaux-Arts, Tours
03 juin 2009
couleurs
30 mai tgv :
La campagne est "riante", gonflée de cultures.
Serions-nous "gonflés de culture" aussi ? Serions-nous riants : pleins des savoirs, des interrogations, des expériences portées comme des graines écloses en autant de couleurs et de nuances que les verts de ces champs, lorsque nous sommes l'un face à l'autre ?
Ce soir les toits de tuiles de la ville, chauds du soleil de la journée, qu'ils ont gardé dans leur amas désordonné de pentes, que j'aime tant car mille histoires de cuissons les font rougeoyer, mille histoires de saveurs, d'odeurs, de rigueurs, de douceurs, de labeur qui me sautent aux joues, aux lèvres, à la pensée.
Les jours défilent, pleins comme des fruits et continuent à nous emplir du monde.
20 mai 2009
Célébration
O le vent léger dans les arbres au mois de mai fenêtre ouverte
Lorsque le rouge de la fleur est si beau intense varié mouvant et velouté soyeux, le vert tendre nuancé brun et jaune transparent imprégné de lumière comme un tissu mouillé
Que c'est en mon regard comme c'est en l'air sous le sifflet de l'hirondelle
Que je le porte en moi comme le porte l'instant, énergie non stockée,
Rien ne sépare mon regard de l'instant, mon regard du temps ni du ciel
Alors que la fleur prenne ma main, l'hirondelle ma pensée, le vent doux ma peau et qu'ils soient avec moi l'artiste qui dessine ou qui chante,
qu'ils partagent avec moi les droits d'auteur de ce poème.