sentiers en cours

blog-notes de kelcun

30 mars 2008

encre_myra_coppeyJe me souviens – une fois débarrassée cette expression du trop de "me" (c'était long, tout ce blog-notes précédent pour le faire) il resterait comme un "je nous souviens", et c'est là, peut-être, toute la valeur de celui de Georges Perec.
Garder ce qui est commun, ce qui est partagé, oublier ce qui n'a pas trouvé la voie de l'autre, ou entendu la voix de l'autre,
ce dont il faut nous souvenir et témoigner, c'est d'où nous venons, et non pas qui nous sommes (ce qui n'a ni d'intérêt ni de réalité pour nous).
Nous portons notre regard sur autre que nous-mêmes. Nous sommes toujours, certes sans bien le savoir, le regard de l'Autre.

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28 mars 2008

parenthèse

(Ainsi c'est la pâte même du corps qui est l'enveloppe, point de départ non seulement de nos fantasmes mais de toutes nos pensées et de notre travail. L'enveloppe, la peau, le tarmac de tout ce que nous envoyons et recevons. Le chantier est la transposition d'un corps dont la sensibilité se met à distance, se rend largement sociale.
(Ainsi, la pâte même du corps est dans le chantier, visible dans les métaphores du texte, sensible dans le visuel qu'on peut lui adjoindre, dans l'audible, dans les gestes – nécessaires ou non à l'acte de lire, d'écrire.
Lire, écrire, ne reviendraient à rien s'ils ne jouaient ce rôle de peau, de lieu des échanges qui passent par les corps.
(Ainsi de parler.

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work in progress

Ce qui traduit chantier de l'Autre, chantier offert à la Lecture, offert à la progression comme à la dégradation par la Lecture aux multiples yeux – comme un plat de nourriture pour des vers, grouillants, mais rassemblés. Rassemblés sur ce même morceau, par ce même morceau : progrès et dégradation.
Qui sont les vers ? Un avatar du coucou, qui vient se nourrir dans le nid d'un autre ? Ou des maillons dans la chaîne alimentaire de l'oiseau ?
Non, sérieusement, nous sommes fascinés par la nourriture, nous sommes produits de nourriture.
Processus de nourriture.

Femme aux jambes nues dans ses bas transparents et lisses qui s'offre à ma vue sous ma fenêtre, elle traverse la rue, sa robe laisse voir un peu plus haut que les genoux, et l'épaisseur de la cuisse engouffre mon regard lorsqu'elle monte en voiture.

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ça passe sans casser

Je l'écoute. Je m'écoute. Je nous écoute sortant de nous ces paroles comme un flot ou comme une bave d'araignée. Ou un fil fragile et sûr que l'on avance au-devant de soi. Non pour en faire un cocon illusoire, c'est une autre métamorphose où nous tendons... C'est au bout d'un dévidage que nous allons.
Quelque chose passe par nous
qui a déjà fait un long chemin
c'est cela que nous balbutions.

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26 mars 2008

Une bouchée pour maman, une bouchée pour papa, une bouchée pour bébé. Est-ce qu'on le dit toujours ? ou était-ce lié à l'après-guerre ? L'enfant qu'on veut nourrir doit-il nourrir le père et la mère, après les privations ? Y a-t-il là-dessous une réminiscence de la peur du coucou, qui soude la famille ? Mais quel est-il cet enfant gavé, cet enfant roi ? un enfant émissaire, à sa façon ? Là où le prendre et le rejeter ne font qu'un, en un mouvement de va-et-vient, là est notre condition, vis à vis de l'autre, quel qu'il soit. Au mieux, cela provoque la jouissance.
Mais le mieux est l'ennemi du bien, dit l'autre.

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25 mars 2008

écarts et changement

Je suis tenté de faire des écarts. Je devrais rester dans mon sujet : chantiers de l'Autre. L'Autre fait son lit dans mes chantiers. Je lui apporte à bouffer. C'est comme le coucou. Ce ne sera pas vol au dessus d'un nid de coucou, j'espère ! Pourtant on ne sait pas rester seul (comme dirait Pascal), on n'a de cesse de préparer un nid au coucou. Je voulais faire des écarts du côté des rêves, et du côté de poésie. Côté rêve, un que j'avais fait enfant, à la fois très beau et terrifiant. Un qui avait résisté à tout, à la cure analytique, ses suites et l'expérience, le temps et l'oubli. Un rêve d'astres et de cosmos. Mais on finit par lâcher ses derniers fétiches, même si c'est un rêve, un beau rêve qui vous explique qui vous êtes, ou plutôt qui vous étiez. Car c'est le rôle des rêves de mettre fin à quelque chose et tout a une fin, pour que quelque chose puisse commencer.
La poésie c'est une phrase, et c'est aussi fin et commencement. Une phrase pour une fontaine qui déborde et un adolescent et entre eux pas de différence. Cette image venue, à la sortie d'une adolescence, préfigurer ce que l'homme voudra mettre en oeuvre, "poésie et psychanalyse", et qui se met tout seul en oeuvre, étant comme le rêve, d'une importance intime, uniquement. Et comme le fleuve d'Héraclite, mouvement qui emporte tout, toujours et sans exception, vers le changement.

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19 mars 2008

gaspFaire une oeuvre d'art muette, un collage de couleurs, de formes, une sculpture, une photographie, quelque chose qui vous parle sans rien dire,
c'est débusquer, c'est traquer, c'est interroger le langage qui nous habite, dans lequel on habite, sur lequel on flotte toute son existence comme une barque.
C'est jeter un miroir puissant qui fouille cette nuit profonde contre laquelle nous sommes adossés : le langage.
Toutes ces couleurs, ces formes, ces gestes, ces évocations ou ces invocations jettent un silence, un blanc fascinant sur nos mots qui se retrouvent privés du sens que nous leur donnions. Car couleur ne veut plus dire couleur ni forme forme et geste et trace et silence tout se trouve remplacé par cet inconnu qui fascine d'avoir basculé toute croyance dans l'Autre – ce qu'on a toujours cherché sans le savoir, ce qui n'a rien de ce que nous croyions être et tout de ce que nous ne savions pas désirer, notre "Autre" notre manque à cet instant comblé dans la contemplation de l'oeuvre d'art. Cette oeuvre qui lorsque nous l'avons créée nous a coûté une sorte de souffrance, de malaise, de désir tenace et qui nous est finalement tombée des mains.

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11 mars 2008

résumé des chapitres précédents

D'abord il y eut le premier blog-notes. Je me souviens. Il s'agissait de poésie et de psychanalyse. Passage obligé, donc, voie lactée, voie royale. Du rêve de l'origine à celui du futur. Et puis l'épilogue, la sortie. L'abandon, comme lors d'une mue. Ou l'or d'une mue – la jouissance.
Trésor, où es-tu ? m'enquérais-je donc en ouvrant cet autre blog-notes (disparu ? mais non ! prêt à revenir sous forme féminine...) trois petits points pour dire qu'elle ne vient jamais quand on l'appelle. Et pour cause ! Si elle revenait ce serait à nouveau le cycle du rêve et de l'abandon.
Le chantier fut donc ouvert à l'Autre et le trésor trouvé dans les décombres : dans l'or des nuits et le diamant du jour. Mais que faire avec ça, comment habiter ces deux maisons comme lorsqu'on est adolescent, pleinement physique et métaphysique...
...             Chagall
cette autre adolescence – non plus devenir adulte – mais devenir Autre.

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06 mars 2008

clarté

En même temps la nuit s'élargit, emplit la maison, comme si je ne pouvais rien faire de cette clarté que de la remettre à l'envahisseur nocturne.
Rien d'autre que de prendre ensemble la nuit et le jour. Et je pense à mon amie portant son obscur comme le père perdu, comme un enfant. Ensemble, comme les deux yeux, me dit la couverture d'un livre posé sur le bureau.

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l'écoute

Maintenant que l'on a balayé devant sa porte, pour que l'Autre puisse rentrer comme chez soi – sans rien déranger – on y voit plus clair.

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