29 mars 2011

blancheur papier

Je n'écris pas encore mais je prends les feuilles de papier blanc et les pose toutes ensemble, les unes sur les autres, chacune se laissant voir sur le bord de l'autre de sorte qu'un filet d'ombre repose sous chacune d'elles.
Mes doigts dans cet instant de tendresse pour le papier ont laissé naître ces lignes fines parallèles contre le bord gauche de ma feuille et c'est comme si j'écrivais surune aile d'oiseau dépliée pour s'offrir à ma trace. Une aile ouverte qui s'articule à ces longues stries orthogonales alignées aussi parfaitement que dépourvues d'uniformité, leur gris s'étirant en pâleur extrême ou s'épaississant, confinant au violine, au rosé translucide. Elles glissent, en presque courbe, se longent, en presque vagues, étagent blanc sur blanc le rai de lumière et le trait d'ombre, dessinent un escalier où s'infléchit le soleil, une neige, un fil.
Il a suffi d'un geste de douceur de la main pour que l'éventail souple des feuilles donne corps à cet oiseau géomètre au fuselage si pur,dont le bec très légèrement relevé se glisse dans l'air, se soulève entre deux lames d'ombre comme des anches de roseau. 
Tandis que la main inscrit l'échappée des pensées sur la feuille qui va se détacher, et que l'œil chante dans les cordes de l'instrument.

Alexandre Rodtchenko, L'Escalier, 1930 centre pompidou expo Chagall musée de grenoble 2011 

Posté par kelcun à 20:40 - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires sur blancheur papier

    un retour attendu...

    Posté par mima, 01 avril 2011 à 01:33 | | Répondre
  • un très beau texte K.

    Posté par if6, 01 juin 2011 à 21:02 | | Répondre
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